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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 18:21

Hommage à Jean-Philippe Lecat

 

Hervé Barbaret

Promotion Léon Gambetta (1993)

Conseiller maître à la Cour des comptes

Administrateur général du musée du Louvre

Gendre de Jean-Philippe Lecat

 

 

Il n’est jamais facile d’évoquer une personnalité aux multiples facettes. Jean-Philippe Lecat, derrière ses qualités d’orateur, de conteur, de ‘conversationniste’ pour utiliser un anglicisme qu’il n’aurait pas aimé ne se livrait guère. La pudeur qui l’habitait, propres aux grands esprits, doit donc conduire à la plus grande modestie quand il s’agit d’évoquer sa mémoire ou d’approcher sa vérité.

 

Néanmoins l’œuvre de l’homme public constitue un témoignage de l’extraordinaire humanité de Jean-Philippe Lecat.

 

D’abord en tant que meneur d’hommes, à un moment charnière de l’évolution des relations sociales, alors que la capacité à faire partager des enthousiasmes, à entrainer des équipes par l’émergence du consensus, à convaincre par la persuasion et le charme se substituait à l’acte d’autorité hiérarchique comme moteur de la dynamique des organisations, publiques ou privées, Jean-Philippe Lecat était précurseur. Tous les témoignages de ceux qui ont eu la chance de l’approcher relèvent cette qualité de persuasion comme un trait fondamental de sa personnalité.

 

Comme décideur public, Jean-Philippe Lecat était avant tout un grand commis de l’Etat, plus encore, sans doute, qu’un politicien. Homme de conviction, de dialogue et de compromis, il ne détestait rien tant que la compromission. Son idée de la Nation et de l’Etat s’ancrait dans une tradition familiale ou le bien commun, allant jusqu’au sacrifice, constituait un incontournable impératif. Il en ressortait, chez lui, une aversion profonde pour les privilèges, les concussions, les avantages immérités. Pupille de la Nation, fils et petits fils d’officiers morts pour la France lors des deux conflits mondiaux, il aurait pu être exempté de service militaire. Il ne pouvait envisager un tel privilège et a passé trois ans sous les drapeaux, pour l’essentiel en Algérie. Ces qualités l’ont conduit rapidement à de hautes responsabilités gouvernementales mais, ailes de géant, se sont manifestement heurtées aux vicissitudes de la vie politique locale où les flammèches de la médiocrité craignent que la pleine lumière du talent, de l’intelligence et de l’intégrité les renvoie dans l’obscurité. 

 

C’est en s’ancrant sur une incroyable intelligence et une culture vraie et profonde que cette honnêteté, au sens fort et noble, a pu produire tous ses fruits.

 

Je me souviens, à l’occasion de mon mariage, d’un conseiller maître à la Cour des comptes et ancien condisciple de Jean-Philippe Lecat à l’ENA, me disant que non seulement ce-dernier avait été major de sa promotion, mais que l’écart entre lui et le second était historiquement le plus important. De surcroît, et surtout, il avait toujours su rester charmant, modeste et aidant pour ses camarades, dans un esprit de solidarité que ce magistrat estimait (à tort ou à raison) rare au sein de l’école. Cette anecdote m’est restée, symptomatique de cette capacité rare à associer grande intelligence et grande gentillesse.

 

Homme de culture, homme de mémoire, Jean-Philippe Lecat avait la passion de l’histoire. Il mettait cette passion du passé au service de la compréhension du présent et de la préparation de l’avenir. Bourguignon, il avait une inclination naturelle vers les ducs Valois de Bourgogne qui ont su faire flamboyer la toison d’or, mais le champ de ses intérêts allait de Xénophon à l’histoire la plus contemporaine. Son profond humanisme se nourrissait de cette culture, lui permettant de donner à son action l’ambition réaliste qui, évitant le Charybde de la naïveté et le Scylla du cynisme, engendre le mouvement. En mettant le patrimoine au cœur de sa politique au ministère de la culture et de la communication, il a su ainsi rappeler le rôle culturel premier de l’Etat, garant vis-à-vis des générations actuelles et futures de l’héritage et du génie des générations passées. Cette conviction éclaire son parcours, au-delà de ses fonctions ministérielles : président de la Société des archives de France, président de l’académie de France à Rome, président de l’Ecole nationale du patrimoine, président de la commission interministérielle du château de Vincennes… Lui-même pédagogue, et tous ceux qui l’ont connu rappellent son don de conteur, son souci de faire passer la rampe aux idées les plus complexes, il associait à ce souci de préserver la mémoire celui d’en donner les clefs au plus grand nombre. Rapprocher la communication de la culture au sein d’un même département ministériel participait de cette volonté de démocratisation culturelle.

 

Pour lui, il n’était pas question d’un patrimoine figé. Pour des raisons d’abord pragmatiques : sans fonction, un monument historique ou une œuvre d’art, même prestigieux, sont voués à la disparition. Le patrimoine est donc vivant et, pour le rester, doit s’adapter respectueusement à ces nouvelles fonctions. Pour des raisons philosophiques : si le présent se nourrit du passé, il ne doit en rien l’idolâtrer. Homme de progrès et de mouvement, Jean-Philippe Lecat rejetait le ‘du passé faisons table rase’ tout autant que le conservatisme dogmatique qui refuse la nécessaire adaptation aux réalités du temps présent.

 

Mais sa culture ne se limitait pas à cette passion de l’histoire, elle correspondait parfaitement à sa personnalité boulimique, curieuse de tout et de tous. Lecteur compulsif, mélomane (président de l’association des amis de Mozart), passionnés par les trains, les chevaux…il est, en réalité, plus difficile d’identifier un sujet qui n’aurait pu provoquer chez lui de passion. Cet éclectisme reflète bien cette personnalité humaniste et universaliste. Au moment où ressurgissent repli identitaire et réflexe communautariste, il importe de rendre hommage à ceux qui, comme lui, ont su comprendre que la capacité à accueillir, à tendre la main, à s’ouvrir sur le monde, à refuser la fatalité et l’idée facile du déclin repose sur une connaissance intime de son histoire et de sa culture. Confronté dès l’âge de cinq ans aux pages les plus noires de l’histoire de France, Jean-Philippe Lecat s’est mis au service de son pays avec l’indéfectible optimisme de ceux qui savent faire émerger et partager la force de l’enthousiasme et de l’intelligence active qui seule fait progresser.

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commentaires

Alain fromonot 24/07/2013 16:46

Message adressé a M Hervé Barbaret :
Monsieur, Je suis Artiste peintre et je souhaiterais vous envoyer personnellement par email le descriptif d'un grand projet artistique et culturel de dimension citoyenne. Comment puis je vous
contacter ? Cordialement Alain Fromonot Le 24 07 13

Daniel 11/07/2012 08:36

Si vous avez un tableau de Raphaël importante, qui ils contacter pour le gérer.