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10 mai 2008 6 10 /05 /mai /2008 16:16

 

La Cité de l’architecture et du patrimoine : vocation, stratégie et propositions de programme

 

1.- Vocation de l’établissement

 

 

Le législateur puis le pouvoir réglementaire ont clairement défini la vocation de la Cité de l’architecture et du patrimoine : promouvoir la culture architecturale et patrimoniale.

 

Cette vocation associe sans restriction les deux termes puisque, au risque d’un truisme, le patrimoine est architecture passée et que l’architecture contemporaine sera patrimoine.

 

De cette vocation il découle une stratégie claire de réconciliation et d’équilibre qui doit viser à casser au moins trois cloisons :

 

·        entre création et patrimoine. Comme pour tous les arts, il serait parfaitement artificiel de vouloir promouvoir auprès d’un large public la création sans avoir œuvré à faire émerger les clefs de compréhension les plus essentielles de cette discipline. Le parti pris qui structure cette pédagogie est de passer par l’intermédiaire d’œuvres patrimoniales. En effet, la relation à l’œuvre contemporaine ne peut être complète sans qu’il existe au préalable un ensemble de références, nécessairement complexes pour un art comme l’architecture (au risque de contredire l’idée malrucienne d’une relation intime et immédiate entre l’individu et l’œuvre). La spécialisation a priori des lieux ou des manifestations n’est pas opérante et doit, au contraire, laisser la place à la transversalité et à l’ouverture.

 

  • entre Paris, les régions et l’étranger. En présentant des chefs d’œuvre du patrimoine régional au cœur de Paris, le musée a, dès l’origine, refusé d’être simplement une institution de prestige de la capitale. Par des réseaux déjà initiés et d’autres à créer avec les centres d’architecture en France, en Europe et au delà ; en produisant des expositions ayant vocation à l’itinérance et en recevant des opérations réalisées ailleurs ; en se situant avec volontarisme sur le plan international au cœur de la réflexion sur l’architecture et l’urbanisme, la Cité doit se placer comme un élément central d’un réseau d’acteurs et de partenaires.

 

  • entre actions pour le grand public et pour le public professionnel. Tous les publics intéressés par l’architecture doivent trouver une offre adaptée à leur attente à la Cité. De par sa dimension, la modularité de ses espaces et la diversité de ses équipes, elle doit mettre en œuvre une programmation adaptée à cette diversité. Cette ouverture doit également concerner le monde de l’entreprise et des associations. La multiplicité des niveaux de lecture doit être un élément structurant de la programmation même si, à l’évidence, certaines offres doivent être centrées sur des publics spécifiques.

 

Cette stratégie suppose certaines conditions nécessaires, sans doute pas suffisantes, pour être déclinée de manière opérationnelle.

 

2.- Des conditions nécessaires

 

(i) Une Cité dont les actions sont en cohérence avec sa vocation et sa stratégie

 

L’usager de la Cité s’attend à ce qu’il lui soit présenté une offre culturelle en phase avec la vocation de la Cité, c’est à dire la promotion de la culture architecturale et patrimoniale. Il ne s’agit donc pas d’un lieu ésotérique que seule une clientèle initiée pourrait décrypter ni, à l’inverse, de privilégier une vulgarisation excessive qui aboutirait à exclure un public professionnel ou érudit qui attend une offre exigeante, lui apportant un enrichissement participant à son perfectionnement.

 

(ii) Un lieu ouvert et sans parti pris

 

Comme toute expression artistique, l’architecture est une discipline propice à l’émergence de chapelles. La Cité, comme établissement public de l’Etat, doit veiller à ce que tous les points de vue soient représentés en son sein, sans exclusive. La mise en place des instances scientifiques doit contribuer à garantir cette neutralité.

 

(ii) Un lieu qui a conscience d’une émulation forte de la part d’autres institutions

 

L’offre en matière de promotion d’œuvres architecturales est certes émiettée, et aucune institution n’est pleinement concurrente de la Cité.

 

Cependant, pour ce qui concerne le grand public, le Louvre, Orsay et Beaubourg ainsi que Monum traitent de questions architecturales et s’ouvrent à un large public. Pour ce qui concerne le public professionnel ou spécialisé, des institutions comme l’ordre des architectes à travers le réseau des maisons de l’architecture ou les collectivités locales par le biais de structures qui en sont l’émanation comme le pavillon de l’Arsenal à Paris ou d’associations subventionnées comme Arc-en-Rêve, offrent un large éventail d’activités : conférences, colloques, expositions… A ces institutions qui se révèlent – au moins partiellement – en concurrence avec l’activité de la Cité, il convient d’ajouter d’autres qui peuvent l’être à titre accessoire comme les écoles d’architecture ou les CAUE.

 

Ce constat est crucial car il conduit à la conclusion que pour une part de notre public, ayant la capacité de faire son miel de l’ensemble de cette offre, c’est l’intérêt même d’une institution comme la Cité qui peut être remis en cause.

 

Au total, la Cité doit s’insérer dans un environnement concurrentiel et avoir une démarche « produit » qui lui permette de garantir son originalité et sa légitimité.

 

De cette réflexion, il ressort un triple axe :

 

  • Aucune institution ne possède une offre globale en matière de promotion de l’architecture, chronologiquement transverse et ayant l’ambition de s’adresser au plus grand public. Même les expositions de Beaubourg qui attirent plus de 100 000 visiteurs s’adressent à un public averti et sensible à des œuvres exigeantes ;

 

  • Aucune institution n’a la dimension suffisante (ni – surtout - la vocation) pour offrir au public professionnel un lieu d’échanges, de rencontres et de formation permettant de déboucher sur l’émergence d’une réflexion critique et nouvelle réellement originale ;

 

  • L’axe stratégique de la Cité d’être un élément majeur au sein d’un réseau doit la conduire à jouer un rôle de mise en relation de cet ensemble d’acteurs. Même s’il est toujours présomptueux, voire dangereux, d’afficher une ambition fédératrice il conviendrait que la Cité puisse être chef de file dans l’effort qu’elle doit mener de promotion de l’architecture.

 

(iii) Une déclinaison opérationnelle

 

·        Des expositions permanentes qui doivent donner des clefs de compréhension de l’architecture

 

Pour ce qui concerne le grand public, les expositions permanentes doivent constituer un outil pédagogique essentiel pour l’apprentissage des éléments essentiels de la syntaxe architecturale. Si le législateur a voulu intégrer le musée des monuments français à la Cité, c’est à dire une institution de promotion de l’architecture, c’est bien parce qu’il s’agissait de capitaliser sur une collection qui, certes, n’a pas été conçue initialement à cette fin, mais permettait de créer un fil rouge structurant de compréhension et d’apprentissage de la syntaxe architecturale.

 

En effet, si le concept de musée d’architecture ne fonctionne pas bien, c’est parce que l’architecture se voit in situ, au grand air. L’échelle grandeur nature des œuvres du musée permet de contourner cette difficulté en mettant le public en face d’éléments monumentaux qui, outre la possibilité d’en faire des outils pédagogiques, offrent cet apport esthétique qui constitue une condition du succès d’une collection auprès du plus large public.

 

En contrepartie, il importe que la combinaison des œuvres présentées, des cartels, des maquettes et des dispositifs multimédia permettent au visiteur de comprendre à quelle problématique architecturale le bâtisseur roman se trouvait confronté et comment il la résout, puis – de la même manière – les défis posés au bâtisseur gothique, puis à l’architecte de renaissance et de l’époque classique.

 

La diversité des publics, notamment enfants, jeunes, adultes néophytes ou avertis, conduit à privilégier des signalétiques à au moins deux niveaux de lecture, sans artifice trop complexe (les dispositifs multimédia enrichissent les présentations mais ne se substituent pas aux cartels qui restent le vecteur le plus immédiat de compréhension des collections).

 

A l’idéal, le visiteur, en montant jusqu’à la galerie moderne et contemporaine, nécessairement plus exigeante dans sa présentation, aura les outils de compréhension qui lui permettront de mieux comprendre l’ambition des architectes les plus proches de nous en matière de lumière, de portée, de hauteur…

 

Au total :

 

- Le fil conducteur architectural au sein des collections permanentes est une condition du succès.

 

- Les niveaux de lecture doivent se concrétiser de manière visible et évidente, tout particulièrement par des cartels ou d’autres outils pédagogiques à définir, distincts jeunes/adultes en travaillant sur une signalétique sans ambiguïté.

 

  • Des expositions temporaires proposant une offre à tous les publics

 

Les expositions de la Cité doivent couvrir un spectre large. D’une exposition à l’autre sans doute, mais également au sein d’une même exposition. L’avantage du palais de Chaillot est de pouvoir donner des dimensions multiples à chacune des actions que la Cité mènera : conférences et colloques scientifiques associés à une exposition ; accrochage lié à une publication…

 

En bonne logique, il convient de privilégier les thèmes qui permettent une mise en perspective de la création contemporaine et des éléments patrimoniaux. Seule la césure entre des mondes ne se parlant pas conduit à la mise en cause de cette vérité d’évidence qui est que la plupart des sujets se traitent d’autant mieux qu’ils bénéficient d’un éclairage chronologique adapté. C’est une perversion de la vocation de la Cité, et un irrespect du législateur qui l’a voulue ainsi (et qui finance l’institution à cette fin), que de vouloir spécialiser les espaces entre ceux qui seraient dédiés à la création et d’autres au patrimoine. Les grands créateurs contemporains se soucient peu de cette cuisine interne dès lors que les manifestations qui seront réalisées sont associées à un véritable souci de qualité et participent effectivement à la promotion de l’architecture et des architectes.

 

Le cahier des charges de toute manifestation doit prévoir le ou les publics visés, intégrant des indicateurs objectifs de réussite (nombre de visiteurs, de publications, d’auditeurs aux colloques…).

 

  • L’émergence d’une « pensée » de Chaillot

 

La multiplicité des opérations que mènera la Cité, en matière de formation, de conférences, de colloques, d’expositions et, plus largement, en tant que lieu de rencontres et d’échanges, doit permettre d’aboutir à l’émergence d’une pensée – ou d’une doctrine – de Chaillot. De la même manière qu’en matière de gestion d’entreprise, l’université d’Harvard a su cristalliser la réflexion la plus actuelle et la formaliser autour d’une revue, certes ardue mais faisant référence, la Harvard Business Review, la Cité peut se donner comme ambition d’être un lieu qui accueille les contributions scientifiques, les analyses critiques, les points de vue pluridisciplinaires (sociologie, philosophie, sciences de l’ingénieur…) autour de ses principales manifestations et sache les capitaliser par des voies à déterminer passant sans nul doute par une politique éditoriale ambitieuse, mais également par des rendez vous réguliers capable de structurer les agendas de tous les ténors de la profession (comme le festival de Cannes ou le forum économique de Davos dans d’autres secteurs).

 

Concrètement :

 

§       la programmation doit prévoir une ou plusieurs manifestations récurrentes ayant vocation à acquérir un tel statut ;

§       la politique éditoriale doit intégrer une sorte de Chaillot architectural review qui rende compte de la réflexion produite en son sein (leçon inaugurale du CEDHEC, éléments cruciaux des entretiens de Chaillot, synthèse des colloques et autres contributions…).

 

  • Une « ligne éditoriale » mettant en exergue des thématiques claires

 

La programmation de la Cité doit montrer qu’elle s’inscrit dans un cadre parfaitement clair et maîtrisé qui combine un ensemble restreint de thématiques. A ce stade, il est possible d’évoquer :

 

- La compréhension de l’architecture et de l’apport des architectes au cadre de vie (expositions avant après, 50 ans d’architecture) ;

 

- Les outils de la présentation de l’architecture (la copie, la maquette…)

 

- Des monographies de grands noms de l’art de bâtir, passés ou actuels : Vauban, Claude Parent, Atelier de Montrouge, Rudy Ricciotti ;

 

- Des questions d’actualité comme construction et développement durable ;

 

- Des ouvertures vers l’international (Manifestation sur la Chine, l’Inde, les voyages des architectes…opérations européennes) ;

 

- Des problématiques à objectif professionnel :

 

  •  
    •  
      • L’intervention de l’architecte dans les projets de petites dimensions et sa promotion auprès des particuliers ;
      • Comment intégrer la formation à la réhabilitation dans les études initiales d’architecture ;
      • La place de l’architecte dans la chaîne de la valeur ajoutée (rôle respectif des architectes, des bureaux d’études, des offres intégrant la maîtrise d’œuvre comme dans certains PPP…) ;

 

(iv) Les conséquences sur la gestion

 

Une part significative de l’activité de la Cité se fera autour d’une logique de projets. Il convient d’adopter les principes d’une gestion en mode projet qui passe par la définition claire des responsabilités et l’utilisation de principes simples de suivi (avec leur traduction en termes d’outils, de type Gantt) associant une répartition a priori des tâches, un budget, des échéances, des pilotes nommément désignés et des points de rencontres à dates prédéterminées (revues de projets).

 

Les revues de projets sont très nécessaires. Elle permettent d’obvier à l’insuffisance de prévisibilité des activités, de dilution des responsabilités et d’échecs relatifs ou – au contraire – de succès sans information préalable suffisante.

 

Au total, le système de gestion actuel de la Cité qui se fonde sur une déclinaison des budgets autour, pour l’essentiel, d’éléments analytiques (opérations particulières, programmes d’acquisitions…) est insuffisamment sécurisé puisqu’à aucune de ces lignes n’est associé un descriptif des éléments mentionnés autour de la typologie : quoi (définition de l’élément) ; pourquoi (quel est l’objectif visé et en quoi il s’inscrit dans la stratégie de l’établissement) ; comment (quels sont les moyens mobilisés).

 

Au total, il importe :

 

  • Que chaque opération soit associée à un plan d’action précis (objectif, responsable, échéances, budget…) ;

 

  • Que le début de l’action soit concrétisée par une revue de projet de démarrage. La procédure budgétaire prévoirait alors qu’aucun engagement ne peut être accepté, au premier euro, sans être accompagné du compte-rendu de cette revue de projet initial permettant de constater l’accord du président sur les aspects logistiques de l’action et sur son déroulé.

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